Ce dossier du Formindep consacré aux « influences invisibles » se présente en deux parties. Des influences qui, comme le dit si clairement le dessin de Pinter ci-contre, enferment les soignants dans la bulle pharmaceutique qui les empêche d’accéder réellement aux patients .

La première partie du dossier regroupe les traductions en français de deux articles du British Medical Journal et un du New York Times.

Le premier article s’intitule « L’influence invisible » et a donné son nom à ce dossier. Il présente les résultats d’une enquête internationale qui a donné lieu le 24 février 2008 à une émission de radio sur la chaîne australienne ABC. Cette enquête met en évidence la manière dont les firmes pharmaceutiques, sponsors de nombre de formations médicales, choisissent à la fois le sujet et les intervenants de ces formations, y compris lorsque celles-ci reçoivent un label officiel de formation accréditée ou sont présentées avec des garanties d’indépendance. La démonstration y est sans appel. Et il faut garder à l’esprit les conséquences délétères pour la santé des populations que provoquent de telles formations.

Le deuxième document est traduit lui aussi du BMJ et constitue une introduction au troisième document tiré du New York Times du 25 novembre 2007 et intitulé : Doctor Drug Rep, que l’on traduit aisément par Docteur VM (visiteur médical).

Dans cet article, Daniel CARLAT, psychiatre étatsunien renommé, raconte sans faux-semblant ce qu’il appelle son « parcours de la honte » comme soignant passé du « côté obscur » en tant que conférencier chargé par une firme pharmaceutique d’animer des repas de formation pour promouvoir un antidépresseur.

Le parcours est édifiant, et on ne peut manquer de faire le rapprochement -avec celui à l’intérieur d’une secte, depuis l’embrigadement progressif jusqu’à l’événement qui permet la prise de conscience libératoire. Ce parallèle saisissant réactualise l’éditorial du Formindep de mai 2006 : « Formindep, sectes et manipulation ».

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——- La deuxième partie du dossier du Formindep s’efforce d’apporter des exemples français de ces manipulations.

Le premier exemple est une lettre écrite par un médecin enseignant membre du Formindep à un ami, également médecin enseignant, pour lui faire le compte-rendu imagé d’une session à laquelle il a participé lors d’un congrès européen de médecine générale qui s’est déroulé à Paris en 2007. Ce document aide à comprendre comment, dans ce genre de manifestations qui sont la norme dans le milieu médical, la promotion pharmaceutique peut prendre le nom trompeur de formation médicale.

Le deuxième exemple est sans doute plus révélateur encore de ce qui est décrit dans l’article du BMJ sur l’influence invisible que nous avons traduit. Ce document est la copie d’une partie d’une invitation à une formation médicale sur un thème choisi par des “partenaires” industriels et organisé par une société prestataire de formations médicales. Au Formindep, nous rêvons d’un futur lointain où la profession médicale, enfin formée correctement à la connaissance de ces influences, considèrera la participation de médecins à de telles soirées comme une faute professionnelle, sanctionnée par ses autorités déontologiques. Ce n’est pas pour bientôt.

Le troisième exemple de cette deuxième partie de notre dossier expose un autre type d’influences invisibles en revenant sur l’affaire de la Proximologie®, marque déposée de la firme Novartis, qui cherche à définir les interactions entre les malades et leurs proches, plus précisément dans le cadre des pathologies soignées par ses médicaments. Novartis a passé un contrat de partenariat avec une société savante de médecine générale pour développer des formations de promotion de la Proximologie®. Forte de ce partenariat, la société savante propose des séminaires de Proximologie® dans le cadre de la formation médicale financée par l’assurance-maladie… Lire la suite

Accéder à la deuxième partie du dossier

—– A travers ce nouveau dossier le Formindep va, une fois encore, irriter autorités sanitaires, professionnels de santé et leurs institutions. Tant mieux. Il faudra en effet aux notables français de la santé de nombreuses crises de grattage citoyen pour qu’ils se décident un jour à prendre les moyens nécessaires pour assumer les responsabilités qu’ils ont acceptées : -* responsabilités pour les autorités publiques et sanitaires de protéger la population de la iatrogénie et des influences (sectaires, commerciales, privées, etc.) sur la santé néfastes à la qualité des soins; -* responsabilités pour les professionnels de santé de ne pas oublier que le rôle de soignant n’est ni une grâce divine, ni un grade dans l’échelle sociale, mais la mission de « d’abord ne pas nuire »; une mission qui nécessite d’être formé et compétent pour la préserver des influences qui lui sont néfastes, et ainsi la réaliser pleinement. . .

 

——– Pour s’y retrouver dans le dossier :

– A – L’influence invisible : l’édito

– B – L’influence invisible : le dossier – Présentation

– C – Première partie : initiatives internationales

-** a – L’influence invisible, par Ray Monihan : article traduit du BMJ

-** b – Un médecin entreprend une « marche de la honte », par Jeanne Lenzer et Shannon Brownlee : article traduit du BMJ

-** c – Docteur Visiteur Médical, par Daniel Carlat : article traduit du NYT

– D – Deuxième partie : exemples français

-** a – « Mon cher Bernard« , lettre à un confrère

-** b – Deuxième exemple : invitation soirée CCC

-** c – « Novartis, Proximologie®, la SFMG et la FPC »