Petit exercice amusant de décryptage d’une émission d’une radio de service public

Pour cet éditorial de fin d’année, le Formindep vous invite à un amusant exercice de lecture critique de l’information-santé au public et de la publicité médicamenteuse. Comme tout exercice, cela va vous demander un peu de concentration et de temps, environ une dizaine de minutes. Mais ça en vaut la peine. Vous êtes prêts ? Alors, c’est parti… Cet exercice se déroule en deux étapes, et une conclusion.

PREMIERE ETAPE : prenez connaissance des faits suivants :

1 – En France, au premier janvier 2008 la loi sur l’interdiction totale de fumer dans tous les lieux publics va rentrer en application. 2 – La firme Pfizer commercialise en France la varénicline sous le nom de Champix° comme aide au sevrage tabagique. Il s’agit d’un médicament de prescription médicale obligatoire, et sa publicité directe au public est donc interdite, contrairement aux substituts nicotiniques au tabac (patchs, gomme à mâcher, etc.). 3 – La firme Pfizer lance depuis octobre, avec la caution de quelques “sociétés savantes”, une campagne d’“information” intitulée : « Tabac, j’arrête avec l’aide de mon médecin », à l’aide de spots publicitaires à la télévision, d’affiches, prospectus, de courriers aux médecins, aux pharmaciens. Dans le même temps les représentants commerciaux de Pfizer vont dans les cabinets médicaux pour rappeler aux médecins prescripteurs les vertus du Champix°. 4 – Concernant les effets de la varénicline, alias Champix° : -* Il n’est pas démontré que la varénicline a une efficacité supérieure à la nicotine dans le sevrage tabagique. La varénicline n’a pas été comparée à la nicotine utilisée dans les patchs et gommes à mâcher.

[[Varénicline, plus chère et pas mieux que la nicotine – Rev Prescrire 2007;27 (283): page 345]] [[Varénicline Champix° – sevrage tabagique : pas mieux que la nicotine – Rev Prescrire 2006; 26 (276) pages 645-648]] -* L’administration sanitaire des Etats Unis, la FDA, vient d’ouvrir une enquête sur la varénicline le 20 novembre 2007, appelée Chantix° aux Etats-Unis, suite aux signalements de troubles psychiatriques survenus dans les jours ou les semaines suivant la prise de varénicline : idées et tentatives suicidaires, agressivité, endormissement, etc. 5 – En France, depuis mars 2007, et grâce à l’action du Formindep, une loi oblige tout professionnel de santé qui s’exprime publiquement sur des produits de santé, à déclarer les liens qu’il a avec les entreprises qui commercialisent ces produits. Ainsi, par exemple, un médecin qui serait invité dans une émission radiophonique pour parler des traitements pour arrêter de fumer doit, sous peine de s’exposer à des sanctions, dire au début de l’émission les liens qu’il a avec les firmes qui commercialisent ces traitements. 6 – A ce jour la publicité au public pour les médicaments de prescription est interdite partout dans le monde sauf dans deux pays : aux Etats-Unis et en Nouvelle-Zélande. Sauf par les firmes pharmaceutiques et leurs amis, les ravages de la publicité médicamenteuse directe au public ne sont plus discutés : surconsommation médicamenteuse (usage inapproprié, effets indésirables graves, pressions commerciales sur les soignants, etc. ) et surcoût pour les systèmes de santé. [Lire par exemple : [Direct to consumer advertising : Industry funded patient information and the slippery slope to New Zealand – BMJ 2007; 335; 694-695, 6 octobre 2007 – Une traduction en français de cet article est disponible sur simple demande.]] 7 – Aux Etats-Unis cette publicité directe pour les médicaments prend trois formes légales : -* «product claim advertisement», publicité “complète” où le nom et les effets du médicaments sont présentés -*«reminder advertisement », publicité «de rappel», qui ne présente que le nom du médicament -* «help seeking advertisement», publicité de «demande d’aide», où ce n’est pas le médicament qui est présenté, mais la maladie qui lui correspond, en suggérant « d’en parler à son médecin ». Cette publicité de «demande d’aide» est donc autorisée en France, mais est considérée aux Etats-Unis comme de la publicité pour un médicament. 8 – Depuis près de deux ans, avec la complicité de la Commission européenne qui a créé pour elles une structure ad hoc : “le Forum Pharmaceutique”, les firmes pharmaceutiques exercent un lobbying forcené auprès des députés européens pour faire autoriser la publicité directe au public des médicaments de prescription, sous le masque de l’“information-santé”. [Voir le dossier de la revue Prescrire : [« Mainmise des firmes pharmaceutiques sur l’information-santé en Europe » ]] Voilà. Vous avez bien enregistré ces informations ? Bravo, car il y en avait beaucoup. Vous êtes maintenant prêts à passer à la deuxième étape de l’exercice. Ce sera plus facile.

DEUXIEME ETAPE : écoutez attentivement les extraits de cette émission de radio publique

Maintenant que vous avez pris connaissance des faits ci-dessus, écoutez ci-dessous ces deux extraits de l’émission « le téléphone sonne » du mercredi 21 novembre 2007, sur la radio publique France Inter dont le titre était : « Questions sur l’efficacité des méthodes et médicaments anti-tabac… » [L’émission entière (33 mn 48) peut être écoutée sur [simple demande ]] Les invités de l’émission étaient : -* le Docteur Anne Borgne, tabacologue à l’hôpital Jean Verdier de Bondy en Seine-Saint-Denis et Présidente du réseau «Hôpital sans tabac» -* le Professeur Daniel Thomas, de la Fédération française de cardiologie IMPORTANT : Lors de cette émission, aucun de ces deux médecins n’a respecté la loi sur la transparence de l’information médicale – voir point 5 de la première étape de cet exercice -. en ne déclarant pas au début de l’émission les liens d’intérêts éventuels qu’ils ont avec des firmes pharmaceutiques, et Pfizer en particulier . -* au téléphone, Rafik Allaïli, responsable des relations opinion publique des Laboratoires Pfizer, et René Le Pape, Président de la Confédération des buralistes -* Hélène Cardin, journaliste santé à France Inter Premier extrait : (3 mn 51) télécharger la transcription de cet extrait

Deuxième extrait : (1 mn 34) télécharger la transcription de cet extrait

Ca y est ? Vous avez tout écouté? Bravo !

Maintenant, écrivez vous-même la conclusion de cet exercice, en cliquant sur “répondre à cet article” et en répondant à la question du titre : « La publicité au public pour les médicaments de prescription est elle VRAIMENT interdite en France ? » Félicitations pour votre effort et merci de vos commentaires. A bientôt pour de nouveaux décryptages, si l’exercice vous a plu ! Le Formindep

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