Quand la patiente s’impatiente …

Quand la patiente s’impatiente …

par Michelle BERTON

Est-ce que ça pense un patient ? Sans hésiter, je réponds oui, et quel que soit le patient. Mais il pense différemment selon l’information qu’il reçoit. Et si on ne lui en donnait pas pour qu’il ne gêne pas ? En voilà une bonne idée et qui porte bien ses fruits ! A part quelques ruades judiciaires ou journalistiques qui font désordre, le plus gros des troupes semble bien docile et ne perturbe pas le système délétère où les patients de mon espèce (car il y en a quand même quelques uns) ont l’impression d’être extra-terrestres…

Patient ou client-mouton ? La frontière est ténue…

Entre l’intoxication publicitaire, qu’elle soit institutionnelle ou commerciale, la pression sociale (amis, famille) et les consultations frustrantes, j’avais le sentiment de devenir une bête à examens en tous genres et l’objet de multiples injonctions. Après 60 ans, si je voulais suivre les recommandations, ma vie n’aurait plus été consacrée qu’à dépister organe après organe, et ce en boucle, alors que je suis plutôt bien portante ! Et sans compter que si on veut trouver, on trouve ! Et puis ce sentiment terrifiant d’êtres tous traités comme un troupeau pour lequel on a défini des critères et des protocoles de… rentabilité…

J’ai quand même toujours souvent eu l’impression d’un business sous-jacent, un peu comme dans la pièce du Docteur Knock : « Tout bien portant est un malade qui s’ignore ». Le hic, c’est que je ne suis pas d’accord pour financer les bas de soie de Madame Mousquet ! Chaque citoyen devrait lire cette pièce de Jules Romains car elle contient tous les germes de la perversion annoncée !

J’ai connu un certain nombre de médecins, et pas seulement à cause de mes déménagements ! Je n’ai pas hésité à abandonner qui faisait de « l’abattage », qui me rédigeait des ordonnances de quinze lignes, qui semblait autiste à mes dires, qui manifestait une attitude de supériorité imbuvable… et qui dont l’écran d’ordinateur cachait le visage ! Oui, il y en a qui profitent de cet instrument pour esquiver le face à face ! A croire que pendant leurs études ils n’auraient pas reçu un seul cours de psychologie… Je ne suis sûrement pas un cadeau comme patiente, mais il y a des limites !

Bon, j’ai quand même un médecin depuis plusieurs années avec qui je suis en sympathie ! Mais l’encadrement du système ne nous aide pas. Je dis « nous » parce que je le sens aussi traqué que moi !

Je constate ainsi que le citoyen de base n’est pas tenu informé des contraintes des médecins qui signent un contrat de performance avec la Sécurité Sociale. Personnellement j’y suis sensibilisée grâce au FORMINDEP, mais très peu de gens sont au courant.

Je pense que les médecins signataires n’osent pas informer eux-mêmes leurs patients, car ils ne doivent pas être très à l’aise avec la notion de « prime à la performance ». Ou peut-être considèrent-ils cela comme leur « intendance » et pensent-ils qu’ils n’ont pas à se justifier ?

En tout cas, c’est une situation tout à fait atterrante pour un patient de se sentir l’enjeu des primes du médecin. On se sent « Wanted » moyennant prime ! Personnellement, je ne le vis pas bien du tout. Tu es le chat, je suis la souris, tu ne m’attraperas pas !

C’est aussi une situation épuisante car il faut faire de la résistance aux propositions multiples d’examens et de dépistages, que je soupçonne le médecin de proposer comme autant de « parapluies » pour se couvrir de tout reproche, tant de la part du patient que de la sécu, et aussi en filigrane, pour alimenter le chiffre de la fameuse « performance ». Je parle de soupçon parce que je ne vois pas ce qui est saisi sur l’ordinateur… mais saisie il y a. Et c’est insupportable parce que déstabilisant. Cette pression anormale de l’autorité médicale finit même par faire peur, par culpabiliser. Je refuse d’être traitée comme une coupable. Ma santé m’appartient. Et j’ai toutes les craintes que se mettent en place des contrôles de la Sécu auprès des patients avec mesures de rétorsion pour les récalcitrants… Ce pourrait être des déremboursements de soins par exemple. Paranoïa ? On n’en est pas encore là mais rien n’est impossible dans la coercition d’un tel système.

Donc par le biais de mon propre médecin, il y a « caftage » à la Sécu !

Comment voulez-vous que la relation soit saine ?

On prétend que la vie rallonge. Soit ! J’ai 65 ans mais je ne veux pas d’une vie sous contrôle d’un Torquemada qui m’obligerait à procéder à des examens que je ne souhaite pas. En même temps, je sais que si j’ai un jour un problème sérieux, il me sera reproché de n’avoir pas fait de « dépistage » ! Et de coûter de l’argent à la société par mon inconséquence ! Si si, ça se dit ! Alors qu’au contraire je m’interroge sérieusement sur le coût abyssal de cette pseudo-prévention… Oui, nous sommes mortels et nous mourons souvent de maladie, c’est un fait. Est-ce une raison pour instiller cette terreur ?

J’en arrive à ne même plus parler de mes petits bobos car je connais la cascade de parapluies qui s’en suit. J’essaie de m’en tenir à aller chercher tous les six mois mon ordonnance pour maintenir ma tension au beau fixe !

J’ai un certain nombre d’ami(e)s qui ressentent bien le malaise. Mais lorsque j’aborde ce thème avec d’autres, j’ai souvent le sentiment que je dérange… et surtout que j’évoque l’inconnu. « Ah bon ? » me dit-on. « Mais c’est très grave ce que tu dis là, je ne suis pas courant ! ». Cherchent-ils à en savoir plus après ? Je ne sais pas. Je connais beaucoup de gens qui font tous les examens qu’on leur propose, même des plus intrusifs. J’en connais pas mal qui vont parfois au-devant des propositions, poussés par la trouille ambiante. J’en connais enfin peu qui y vont à cause de leurs souffrances.

J’entends souvent : « Oui… il y a sans doute des choses qui ne vont pas, mais la science a fait tellement de progrès que c’est bien d’en bénéficier ! ». Bon. Ce n’est pas faux ! Comment faire comprendre que la science a bon dos pour capter les profits ?

Patientèle-clientèle… Les glissements sémantiques sont traitres. Et si ni l’un ni l’autre de ces statuts n’était le bon ? Le patient est souvent passif par habitude. Or, sauf à être très malade, il aurait intérêt à être réactif ! Le client est le roi… du retour sur investissement !

Mais où suis-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ? Serais-je le client de la Sécu, elle-même prestataire de services complaisante de l’industrie et employeur de mon médecin dont je serais le patient-client ?

Compliqué. Mal à la tête ! Mon médecin aussi a sûrement mal à la tête mais il n’ose pas me le dire ! C’est trop lourd tout ça ! C’est sûrement le poids économique et politique, mâtiné des compromissions et des incompétences qui nous écrase tous les deux et font de nous des « assujettis » (ce mot n’a jamais eu autant de sens) au système !

Lequel de nous deux doit réagir ? Peut réagir ? Veut réagir ? Ce serait bien de le faire ensemble… Mais comment ?

Lui est dans les filets des visiteurs médicaux que je croise dans sa salle d’attente et qui passent souvent avant mon tour. Ils l’aident à banaliser les effets secondaires de leurs produits et lui donnent le sentiment d’être formé. En surplomb, Dame Sécu lui impose un maillage serré moyennant récompense.

Et moi je suis dans la méfiance, la défiance… alors que j’ai besoin de confiance, comme tout le monde. Difficilement tenable.

Que n’ai-je un Formindépien dans mon périmètre !

Par |2017-02-05T19:51:12+00:005 mai 2013|Catégories : Sécurité sociale|Etiquettes : , |0 commentaire

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