Se tourner vers des sources fiables

 

© Alain Savino – Prescrire

L’analyse de la littérature scientifique permet d’approcher l’état des connaissances sur un sujet donné à la condition que l’on garde à l’esprit son degré de dépendance aux firmes pharmaceutiques et les biais qui en résultent. Cependant l’interprétation des essais thérapeutiques nécessite une méthodologie qui n’est pas maîtrisée par tous et requiert un temps considérable, ce qui ne permet pas de l’appliquer dans toutes les situations cliniques auxquelles les professionnels sont confrontés.

Ce nécessaire travail de synthèse est proposé par de nombreuses organisations. Mais attention ! Certaines n’ont que l’apparence de l’impartialité.

 

  • Les sociétés savantes : la plus grande méfiance est de mise face à leurs recommandations, d’un niveau de preuve souvent faible, car reposant sur de simples avis d’experts.  Les sociétés savantes sont financées très majoritairement par les firmes pharmaceutiques, via du sponsoring, des contrats, les bénéfices des congrès. Les rédacteurs des recommandations présentent à titre individuel des liens généralement importants et nombreux, qui évoluent parallèlement aux parts de marché des firmes dans la pathologie étudiée. Nombreux sont les rédacteurs consultants ou porte-parole pour l’industrie.
    Voir nos articles évoquant  INCa, AFEFSociétés de cardiologie

 

  • La Haute Autorité de Santé (HAS). Elle édite de nombreux documents : recommandations de bonnes pratiques, guides des maladies chroniques, fiches de bon usage des médicaments, évaluation des stratégies thérapeutiques. Si la HAS fait de réels efforts dans la recherche d’une expertise indépendante aujourd’hui, de nombreux documents ont été rédigés sans gestion des conflits d’intérêts et leur qualité est très inégale ((Le Conseil d’Etat abroge la recommandation de la HAS sur le diabète de type 2)),1)Bilan de sept années d’analyse des guides de pratique clinique de la HAS. Rev Prescrire 2014 ; 34 (373) : 869.
    Voir nos articles avec le mot-clef recommandations de l’HAS, HAS et la catégorie recommandations professionnelles

 

Il est préférable de se tourner vers les sources d’informations suivantes :

 

  • La revue Prescrire : mensuel publiant des synthèses sur les médicaments et les stratégies diagnostiques et thérapeutiques. Son indépendance et sa rigueur en font un outil de référence pour tout professionnel de santé.
    http://www.prescrire.org

 

  • La collaboration Cochrane est un réseau international de chercheurs qui élabore selon une méthodologie rigoureuse des revues systématiques et des méta-analyses dans tous les champs de la médecine, sans financement par les firmes pharmaceutiques.  http://www.thecochranelibrary.com

 

  • La revue Minerva est une revue d’ evidence based medicine en ligne, indépendante des firmes pharmaceutique et financée par l’Institut national d’assurance maladie invalidité belge. http://www.minerva-ebm.be

 

  • La revue Pratiques, les cahiers de la médecine utopique est une revue de réflexion multidisciplinaire sur  les déterminants du soin et de la santé. pratiques.fr

 

  • Le blog Voix médicales a pour ambition de développer une expertise collective et indépendante en médecine générale. http://www.voixmedicales.fr

 

 

Nous avons sélectionné pour le praticien (et le patient éclairé!) d’autres liens de qualité que vous pouvez consulter dans les onglets suivants :

Bases de données publique des médicaments

http://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/
Renseigne sur le médicament : indication, prix, Service médical rendu (SMR), Amélioration du service médical rendu (ASMR),…

 

Outils d’aide à la prescription rationnelle

  • Lecrat.fr : site du Centre de référence sur les agents tératogènes de l’hôpital Trousseau

 

Sites utiles en consultation de médecine générale

 

Sources indépendantes d’information Pays (langue) Prix
Prescrire France (Fr, Anglais) 200€
Drugs & Therapeutics Bulletin of Navarre Espagne (Anglais) Gratuit
Drugs & Therapeutics Bulletin (BMJ) Roy. Uni (Anglais) 130€
NICE (National Institute for Health and Care Excellence) Roy. Uni (Anglais) Gratuit
Worst Pills Best Pills USA (Anglais) 22€
The NNT (numbers needed to treat) USA (Anglais) Gratuit
Cochrane Database of Systematic Reviews International (Anglais) 421€
BC Provincial Academic Detailers Canada (Anglais) Gratuit
CADTH – Common Drug Review Canada (Fr, Anglais) Gratuit
Sources orientées sur le risque médicamenteux
RxIsk: Making Medicines safer International (Anglais) Gratuit
Institute for Safe Medication Practices Newsletter USA (Anglais) Gratuit

Liste provenant du site de l’Université de Colombie Britannique Therapeutics initiative

  • Déclaration d’effet indésirable à l’ANSM : Formulaire (professionnel, patient), à adresser à son Centre Régional de Pharmaco-Vigilance de rattachement (liste). Page dédiée sur le site de l’ANSM.
  • Depuis mars 2017, le site Signalement Santé permet aux patients et aux professionnels de déclarer plus largement tout « événement sanitaire indésirable », qu’il concerne un traitement, un dispositif médical, une procédure.
  • Liste de médicaments sous surveillance renforcée ANSM
  • Liste des médicaments à écarter des soins de la revue Prescrire (en accès libre)
  • Petit Manuel de Pharmacovigilance de la revue Prescrire (en accès libre)
  • RxIsk: Making Medicines safer – International (Anglais)
  • Institute for Safe Medication Practices – Newsletter (USA)

  • Le Calculateur de risque cardiovasculaire de James McCormack permet d’éditer un rapport graphique et en fréquence naturelle des risques cardiovasculaires et du rapport bénéfices/risques de différentes interventions. Disponible en français.
  • Le site du néphrologue Michael Garfinkle The Likelihood ratio database est un site destiné à expliciter les probabilités pré-test et post-test d’un grand nombre de diagnostics. Un gain de temps pour privilégier les tests les plus pertinents. Site gratuit, applications iOS et Android payantes.
  • Outil pour l’analyse critique des publications :  L’Université McMaster et le British Medical Journal se sont associés pour créer un site, EvidenceAlerts, notant la fiabilité scientifique et la pertinence clinique des publications de plus de 120 revues de premier plan. L’outil permet de choisir un degré d’exigence sur chacun de deux critères et de recevoir par mail les études y satisfaisant. Fixé au niveau le plus exigeant, l’outil ne retient parmi le bruit que le 1% d’études solides dont la connaissance importe réellement pour la pratique.Le service est accessible sur inscription et gratuit.

Vous pouvez également visiter notre page « Décrypter l’information santé »

  • Medstopper.com : site de l’Université de Colombie Britannique (Canada). Permet d’éditer en fonction des caractéristiques du patient et des traitements en cours un plan de déprescription personnalisé. Site en anglais.
  • Deprescribing.org : site de l’Institut Bruyère (Canada), en construction. Propose ressources bibliographiques et algorithmes de déprescription (pour l’instant IPP et benzodiazépines, d’autres à venir). En anglais et français.

  • Décision partagée avec le patient : Le Dr Jean-Baptiste Blanc maintient un site dédié à ces outils, et assure une veille sur cette thématique. Une mine!
    « La Prise de Décision Partagée (PDP) ou Shared Decision Making (SDM) en anglais consiste à partager, avec un patient clairement informé des options possibles pour lui, en prenant en compte ses valeurs personnelles, la prise de décision concernant sa situation spécifique. Cette approche s’oppose radicalement à l’approche paternaliste traditionnelle de la prise décision en médecine, dans laquelle le médecin sait ce qui est bon pour le patient et décide pour lui. Peu, voire pas enseignée à l’université, objet de rares publications en français, ne disposant d’aucun appareil théorique de support en français, la PDP est particulièrement difficile à aborder pour le praticien qui s’y intéresse. »
  • ChoisirAvecSoin.org : en partenariat avec l’Association Médicale Canadienne, cette initiative vise à identifier les procédures médicales les plus souvent employées à tort. Comporte des documents d’information du patient, permettant de faciliter le dialogue. Site bilingue EN/FR: sélectionner le français en page d’accueil. Choisir avec Soin est désormais une initiative internationale.
  • TheNNT.com illustre de façon très synthétique le rapport bénéfice/risque de nombreux traitements et interventions. Leur expression en fréquence naturelle (« 1 sur 10″…) permet de partager ces informations plus facilement avec le patient. Site gratuit et sans inscription.
  • L’institut Harding pour la compréhension des risques, de l’institut Max Planck (Allemagne) a développé des ‘fact boxes’ représentant de façon graphique et compréhensible le rapport bénéfices/risques de dépistages et traitements. Utile pour communiquer avec les patients., notamment sur le dépistage des cancers. En anglais et allemand.

 

 

 

© Alain Savino – Prescrire no374 p952

Se former à l’indépendance et ne pas rester isolé

Faire évoluer ses pratiques en les libérant des influences nocives est une démarche difficile si elle reste solitaire. Il est important pour ceux qui s’y engagent de trouver un soutien au sein d’un collectif. Au niveau local, la création d’un groupe de pairs permet de mutualiser ses connaissances et de confronter ses expériences et ses pratiques.

A plus grande échelle il est possible de recevoir un soutien individuel ou théorique auprès des organisations qui ont développé une expertise sur les conflits d’intérêts : le Formindep, l’AMSA, No Free Lunch,  et les journaux publiant de nombreuses études sur le sujet comme le BMJ (British Medical Journal) ou PLOS ONE.

References   [ + ]

1. Bilan de sept années d’analyse des guides de pratique clinique de la HAS. Rev Prescrire 2014 ; 34 (373) : 869